Travailler à 60 % et toucher 40 % de sa pension : la retraite progressive permet exactement ce calcul, et le dispositif reste curieusement méconnu, autant des salariés que de certains services RH. Depuis septembre 2023, il est pourtant ouvert à toutes les catégories (salariés du privé, fonctionnaires, libéraux) avec des conditions d'accès claires et un effet concret sur le montant final de la retraite.
Présenter cette mesure comme une simple « sortie en douceur » serait passer à côté de son intérêt. C'est avant tout un outil d'optimisation. Les trimestres cotisés pendant la période progressive entrent dans le calcul de la pension définitive. Pour un salarié de 61 ans avec un salaire élevé, continuer à cotiser deux ou trois ans à 60 % du temps peut valoir davantage que les quelques mois de pension partielle perçus en avance.
Ce qu'il faut réunir pour y accéder
L'art. L. 161-22-1-5 du Code de la sécurité sociale (issu de la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, en vigueur depuis le 1er septembre 2023) pose trois conditions cumulatives : avoir au moins 60 ans (soit, selon la génération, deux ans avant l'âge légal), justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance tous régimes confondus, et exercer une activité à temps réduit comprise entre 40 % et 80 % d'un temps plein.
L'âge d'accès se situe donc entre 60 ans et 9 mois et 62 ans selon l'année de naissance. Un salarié né en 1964, dont l'âge légal est fixé à 63 ans, peut demander la retraite progressive dès 61 ans.
Le seuil de 150 trimestres est généralement atteint bien avant le départ effectif. Une vigilance particulière s'impose néanmoins pour les parcours hachés : un salarié ayant connu plusieurs années de chômage non indemnisé, ou un travail à temps très partiel, peut se retrouver à quelques trimestres du seuil à 60 ans. Vérifier en amont relève du minimum vital.
Le calcul de la fraction de pension
La formule est mécanique : fraction de pension = 100 % − taux d'activité conservé.
Un salarié qui maintient 60 % de temps de travail perçoit 40 % de sa pension théorique. Cette pension théorique se calcule comme si la liquidation intervenait à la date de la demande, sur la base du salaire annuel moyen des 25 meilleures années, du nombre de trimestres validés à cette date, et du taux qui en résulte.
Pendant toute la durée de la retraite progressive, les cotisations continuent de courir sur la rémunération à temps partiel. Ces trimestres supplémentaires allongent la durée d'assurance validée ; ils peuvent améliorer le SAM si les années concernées entrent dans les 25 meilleures ; ils font monter le taux de liquidation quand le salarié n'avait pas encore atteint le taux plein.
À la liquidation définitive, la pension est intégralement recalculée en tenant compte de tout ce qui s'est accumulé depuis la demande initiale.
Ce que dit réellement la loi, et les marges de l'employeur
Les articles L. 161-22-1-5 à L. 161-22-1-9 CSS, complétés par les articles D. 161-2-24 et suivants, fondent le droit à la retraite progressive. L'employeur ne peut pas refuser une demande au seul motif qu'il préférerait garder le salarié à temps plein. Son unique levier de refus : démontrer l'incompatibilité de la réduction de temps demandée avec l'activité économique de l'établissement, et le faire par écrit motivé. Un refus verbal ou non documenté est inopposable.
L'expérience montre que les employeurs acceptent souvent sans difficulté. Ils conservent un salarié expérimenté à coût réduit, le plus souvent dans une posture de transmission (un équilibre qui arrange les deux parties.
Depuis la réforme de 2023, le dispositif est également ouvert aux fonctionnaires (depuis le 1er septembre 2023) et aux professions libérales. Pour un cadre territorial ou un médecin libéral, qui n'y avaient pas accès auparavant, cette ouverture modifie les scénarios de fin de carrière.
Exemple concret
Marc, 61 ans, cadre dans un groupe industriel, né en 1964 (âge légal à 63 ans). Il a validé 158 trimestres, son salaire brut moyen tourne autour de 5 400 € mensuels.
Il passe à 60 % de temps de travail. Sa pension théorique, calculée à la date de la demande sans taux plein) il lui manque 14 trimestres (s'élève à environ 1 280 € bruts par mois, avec décote. Il en perçoit 40 %, soit environ 512 €.
Sur deux ans, il valide 8 trimestres supplémentaires et son SAM s'améliore légèrement (ses dernières années étant parmi ses meilleures). À la liquidation à 63 ans, sa décote s'est réduite et son montant mensuel définitif est supérieur d'environ 95 € à ce qu'il aurait obtenu en partant à 63 ans sans retraite progressive. Un gain net significatif, obtenu en continuant à cotiser deux ans en temps partiel.
La démarche, en pratique
Tout commence par un relevé de carrière à jour, à demander auprès de la CNAV via info-retraite.fr : il s'agit de vérifier le nombre de trimestres validés et d'identifier d'éventuels manquants. Ce diagnostic préalable évite les mauvaises surprises au moment du dépôt.
Vient ensuite le dialogue avec l'employeur. Le salarié l'informe de son projet et s'assure que la réduction de temps est organisable dans le poste) point qui se discute souvent sur la base d'une réorganisation des missions, pas seulement d'un pourcentage horaire. La demande proprement dite se dépose auprès de la CNAV (ou CARSAT selon la région), accompagnée du justificatif du contrat à temps partiel signé.
Cas particulier : pour les fonctionnaires, la demande passe par la CNRACL (territoriaux et hospitaliers) ou par le SRE (État), avec l'accord de réduction de service délivré par l'autorité d'emploi. La complémentaire AGIRC-ARRCO entre également dans le calendrier. La retraite progressive déclenche sa liquidation partielle selon les mêmes règles de proratisation (un volet à traiter parallèlement.
Le délai d'instruction est, en général, de deux à trois mois. À prévoir avant la date souhaitée de réduction du temps de travail.